L’importance de la balance bénéfices / risques des traitements anticonvulsivants

Dr Guillaume Dutil

Pour commencer, rappelons-nous qu’il n’existe pas de traitement curatif de l’épilepsie idiopathique. Il est donc rare d’obtenir un arrêt des crises (environ un quart des cas) et l’objectif du traitement est donc souvent de les réduire au minimum. Dans le cas particulier d’une épilepsie structurelle, c’est à dire lorsque la cause sous-jacente est identifiée de manière précoce (affections tumorales, inflammatoires, infectieuses, …), le traitement anticonvulsivant vient s’ajouter au traitement de la cause. Parallèlement, les médicaments anticonvulsivants peuvent présenter des effets indésirables non négligeables pour la santé de l’animal.

L’objectif de la mise en place d’un traitement médicamenteux est de contrôler au mieux la fréquence, la durée et l’intensité des crises tout en limitant les effets secondaires potentiels des molécules utilisées. Il convient donc de traiter au bon moment, tout en gardant une qualité de vie optimale pour vous et votre animal.

Les effets indésirables des médicaments anticonvulsivants :

Les effets secondaires dits “légers” sont fréquents, notamment lors d’utilisation de phénobarbital ou de bromure de potassium, et sont souvent observés durant la phase d’initiation du traitement (2 à 4 semaines en général) et tendent à se normaliser par la suite :

  • troubles digestifs (diarrhée, vomissements) ;
  • polydipsie (augmentation de la prise de boisson) ;
  • polyurie (augmentation des émissions d’urine) ;
  • polyphagie (augmentation de la prise de nourriture) ;
  • sédation légère avec démarche chancelante ;

Il ne faut donc pas être surpris par ces effets secondaires car une fois les premières semaines passées, il est très fréquent de retrouver une qualité de vie comparable à celle d’avant, sans crise convulsive !

Plus rarement, le phénobarbital peut avoir des effets secondaires plus sévères de par sa toxicité hépatique et sanguine. Cette toxicité est variable d’un patient à l’autre et objectivable uniquement par des suivis réguliers de la phénobarbitalémie (taux du traitement dans le sang) et des paramètres biochimiques (Lire l’article sur La prise de sang chez le chien épileptique). Attention, elle est à différencier de l’augmentation faible à modérée presque systématique des paramètres biochimiques hépatiques, n’ayant aucun impact direct sur la vie du patient. C’est pourquoi, votre vétérinaire vous proposera un suivi régulier de votre animal pour s’assurer que le traitement ne présente pas de danger pour votre animal. ¹ ² ³

Quand traiter un animal épileptique ?

Lire l’article sur Les conditions de traitements.

Plusieurs recommandations internationales de vétérinaires neurologues européens et américains⁴ s’accordent à dire qu’il faut initier les traitements anticonvulsivants dans les cas suivants :

  • présence d’une lésion cérébrale (tumeur, inflammation, …) visible par examens d’imagerie médicale ou objectivable par ponction de liquide céphalo-rachidien ;
  • durée des crises supérieure ou égale à 5 minutes ;
  • fréquence des crises supérieure ou égale à 3 crises sur une période de 24h (crises groupées) ;
  • fréquence des crises supérieure à 2 crises sur une période de 6 mois ;
  • phase post-crise (post-ictale) longue (24/48 heures) ou avec agressivité notable envers les propriétaires ;

Il peut parfois être surprenant d’initier un traitement médicamenteux dès la survenue d’une seconde crise en moins de 6 mois, peu importe l’intensité des crises. Cependant, plusieurs éléments ont été observés et tendent à encourager une prise en charge médicamenteuse précoce :

  • Chaque crise augmente le risque de survenue d’une crise ultérieure⁵ ;
  • Le délai entre la 1ère prise médicamenteuse et la stabilisation de l’épilepsie peut être très long. Plusieurs mois sont souvent nécessaires afin d’objectiver les effets du traitement et d’ajuster les doses ;
  • Chez le chien, notamment le berger australien, une prise en charge médicamenteuse précoce est de meilleur pronostic⁶ ;

L’enjeu du traitement est de prendre en charge précocement les crises tout en surveillant le risque de survenue de potentiels effets indésirables. La balance bénéfices/risques du traitement, lorsqu’on entre dans une catégorie où le traitement est recommandé, penche très souvent en faveur des bénéfices. En effet, les risques d’aggravations des crises, et donc d’une qualité de vie plus mauvaise, sont plus fréquents que ceux entraînés par le traitement. La prévention des risques passe néanmoins par un suivi régulier auprès de son vétérinaire.

Sources :

¹ Y Chang et al., Idiopathic epilepsy in dogs: owners’ perspectives on management with phenobarbitone and/or potassium bromide J Small Anim Pract 2006 Oct;47(10):574-81 

²  Amy E Pergande et al. « We have a ticking time bomb »: a qualitative exploration of the impact of canine epilepsy on dog owners living in England BMC Vet Res. 2020 Nov 13;16(1):443.

³  A Wessmann et al. Quality-of-life aspects in idiopathic epilepsy in dogs Vet Rec. 2016 Sep 3;179(9):229

Bhatti, S.F., De Risio, L., Muñana, K. et al. International Veterinary Epilepsy Task Force consensus proposal: medical treatment of canine epilepsy in Europe. BMC Vet Res 11, 176 (2015). https://doi.org/10.1186/s12917-015-0464-z

Ben-Ari Y et al. Seizures beget seizures in temporal lobe epilepsies: The boomerang effects of newly formed aberrant kainatergic synapses. Epilepsy Curr 2008; 8(3):68-72

Weissl J et al. Disease progression and treatment response of idiopathic epilepsy in Australian Shepherd dogs. J Vet Intern Med. 2012;26:116–25